Linguistique

Il n'est pas loin le temps où dans les écoles bretonnes ou bourguignonnes on punissait l'enfant qui s'était exprimé en patois.

A Mercurey, il existe un patois spécifique au village.

Il y a encore quelques personnes qui utilisent des mots ou certaines expressions de ce patois, mais l'immense majorité de la population ignore sans doute que Mercurey a parlé un jour une autre langue que le français.

Un glossaire a été écrit par Joseph Ancelin.

Joseph Ancelin (1882-1969) né à Touches (commune de Mercurey actuelle) était fils d'instituteur. Doué pour le dessin il partit à Paris, gagner sa vie dans le dessin commercial et artistique. Les Beaux Arts, l'école des Arts Décoratifs. Il fait connaissance avec le monde littéraire et théâtral, exécutant des décors. Ceci l'amènera par son mariage avec une danoise à Copenhague. Puis, la guerre de 14...  plusieurs fois blessé, gazé, il sera muté dans l'armée auxiliaire comme dessinateur dans une usine d'armement tandis que sa femme servira comme ambulancière. La guerre finie, après de nombreux voyages, c'est le retour au pays. Paris d'abord, où en 1923, il est nommé Officier d'Académie de l'Instruction Publique des Beaux Arts de Paris. Puis,  il revient dans la maison familiale à Touches, devenu Bourgneuf Val d'Or en 1897. Là, il écrit. Il peint les paysages et les maisons de Mercurey, il fait des recherches d'archives et s'intéresse à l'archéologie, à la généalogie. S'inspirant des écrits de son père qui déjà, avait beaucoup écrit sur les villages de Touches et Mercurey, il retrace l'histoire de son pays. Pays dans lequel Joseph Ancelin revenait tous les étés.

C'est ainsi qu'il rédigea un petit lexique qui sera édité par sa fille, Madame Maumus, en 1986. Ce livret de 50 pages : Le glossaire de Mercurey, est très précieux pour les générations futures. 

La préface est de Gérard Taverdet, Professeur à l'Université de Dijon, qui a supervisé le travail.

Quelques exemples de mots, dont certains sonnent parfois, comme des onomatopées.

aduvin ? Pourquoi ? aduvindon ? Pourquoi donc ? C'est un pourquoi insistant.

En cherchant le sens de ce mot qui n'a aucun rapport avec le mot pourquoi en français, on pourrait l'expliquer ainsi : Ah, dis-moi enfin ? Ah, dis-moi donc enfin ? Eh bien, le patois a trouvé un seul mot pour une expression. Certains voient aussi dans cette expression, une imploration : Ah, divin ! Comme on dirait, ah mon Dieu ! Ce peut être une interprétation.

En étudiant ce patois, on s'aperçoit que souvent le mot français est transformé, voire dysorthographié.

Comme si nos anciens ne voulaient pas parler comme dans les livres ou s'exprimer comme les gens instruits. Exemple :

la brouette se traduit par la bourotte ; l'orgue devient l'ogre, dans l'histoire bien connue du châpiat d'la Nanette : c'éto Moussieur l'vicare qu'étot à l'ogre : C'était Monsieur le vicaire qui était à l'orgue.

Arrêter, se transforme en érâter. Dans la même histoire : Monsieur le Curé dit à Nanette : érâte Nanette, érâte ! Au lieu de : arrête, Nanette, arrête !

Dégarailler v. déchirer. Pour dire de quelqu'un dont le vêtement est déchiré. Il est tout dégaraillé. On dit aussi « dépnâillé »: mal habillé. Ces expressions sont magnifiques, est-ce qu'on ne voit pas les pans des vêtements dans ces mots ? C'est un parler visuel.

En se promenant dans la campagne, il arrive que les capitules à crochets de la bardane se collent sur les chaussettes ou les bas de pantalon.  En patois ce sont des pignolots. Quel mot amusant !

Les mots de patois sont encore présents dans les noms de rues ou de chemins. En montant sur le coteau de la Vierge de Mercurey on emprunte le chemin de pourtu : ce mot s'inspire du vieux français : pertuis, encore en usage de nos jours, dans les noms de villes (Pertuis dans le Vaucluse, Donzy-le-Pertuis en Saône-et-Loire) ou  dans la plante millepertuis. Pertuis signifie le trou, le puits, le creux.  Si vous montez à la Vierge par ce chemin, vous le verrez. Malheureusement, ce chemin a été rebaptisé d'un nom de marketing : chemin de la Madone. Laissons la madone à l'Espagne ou l'Italie et fidèles à nos ancêtres, conservons à Mercurey notre chemin de pourtu.

Autres exemples :

Beaucoup de mots en ot ou en otte. Tel le foulot : tourbillon de vent qui disperse dans l'air la poussière et les feuilles. Ceci ne manque pas de poésie.

La ruelle sera la riotte . Le poulet est le poulôt. Le cep de vigne devient le ciot. D'autres sonnent et claquent, tel le volet de la fenêtre : le cleuque.  C'est le même mot qui désigne le couvercle. On entend dans ce mot, le bruit du volet sur le mur ou le couvercle sur la casserole. Parler sonore.

La maison est la mâïon et le meix, le jardin qui est devant la maison; le clos, étant derrière. Dans le clos était plantée la vigne. Dans les petites exploitations il était souvent entouré de hauts murs pour créer une sorte de micro climat et protéger la vigne des gelées printanières, d'où son nom : clos. Mais ce mot-là n'a pas d'équivalent patois. Comme le mas en Provence, le meix, par extension à donné son nom à l'ensemble de la propriété que l'on retrouve dans le Meix Frappé, le Meix Foulot,.

Ce patois ne s'écrit pas. La construction de la phrase est sensiblement la même qu'en français. Il n'y a pas de grammaire particulière. Lorsque on ajoute à cette langue vernaculaire, essentiellement orale, le roulement des R bourguignon ou le grasseyement, on a un parler sonore.

Dans son glossaire, Ancelin a essayé de traduire phonétiquement ce qu'il entendait quand les anciens parlaient.

Remercions-le d'avoir permis que le patois de Mercurey ne s'oublie pas.

Merci à Janine pour ce texte et ses recherches.

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